Note : cet article a une vocation pédagogique et ne constitue pas un conseil fiscal individualisé. Votre situation personnelle (résidence, revenus, montants investis) peut modifier les règles applicables. Pour des montants importants, rapprochez-vous d'un expert-comptable ou consultez les sources officielles sur impots.gouv.fr.
Le crowdlending, comment ça marche fiscalement ?
Rappelons le principe en deux mots. En crowdlending, vous prêtez de l'argent à une entreprise (ou à un porteur de projet) via une plateforme, et en échange vous percevez des intérêts. À l'échéance, le capital que vous aviez prêté vous est remboursé.
Fiscalement, il faut retenir une chose essentielle : ce sont vos intérêts qui sont imposés, pas le capital qu'on vous rembourse. Récupérer les 1 000 € que vous aviez prêtés n'est pas un revenu ; les 80 € d'intérêts que ce prêt vous a rapportés, oui.
Autre point à avoir en tête : vos intérêts sont imposables l'année où ils vous sont versés (ou crédités sur votre compte), et non l'année où vous avez souscrit le prêt. Un prêt signé fin 2025 qui commence à verser ses intérêts en 2026 sera donc à déclarer au titre de 2026.
Aux yeux de l'administration fiscale, ces intérêts sont des revenus de capitaux mobiliers (RCM), traités comme les produits d'un placement à revenu fixe, au même titre, par exemple, que les intérêts d'une obligation. C'est ce régime qui va déterminer la manière dont ils sont taxés.
Crowdlending ou crowdequity : attention à la nuance
Attention à ne pas confondre. Le crowdlending, c'est du prêt : vous prêtez, vous touchez des intérêts. Le crowdequity (ou crowdinvesting), c'est de l'investissement en capital : vous devenez actionnaire de l'entreprise et vous percevez des dividendes ou réalisez des plus-values.
Et bien évidemment, la fiscalité n'est pas tout à fait la même. Dans ce guide, on se concentre sur le crowdlending ; le cas du crowdequity est abordé brièvement en fin d'article.
La flat tax (PFU) : le régime par défaut à 31,4 %
Depuis 2018, vos intérêts de crowdlending sont soumis par défaut au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU), plus connu sous le nom de « flat tax ».
Depuis le 1er janvier 2026, son taux est de 31,4 %, et il se décompose en deux parties :
- 12,8 % au titre de l'impôt sur le revenu ;
- 18,6 % au titre des prélèvements sociaux (CSG portée à 10,6 %, CRDS et prélèvement de solidarité).
À noter : ce taux vient d'augmenter tout récemment. Jusqu'en 2025, la flat tax était de 30 % (dont 17,2 % de prélèvements sociaux). La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a relevé la CSG sur les revenus du capital de 1,4 point, ce qui porte le total à 31,4 %.
Le calendrier compte : vos intérêts perçus en 2025 (déclarés en 2026) relèvent encore de l'ancien taux de 30 %, tandis que vos intérêts perçus à partir de 2026 sont taxés à 31,4 %.
Le mot important, c'est « par défaut ». C'est le régime qui s'applique automatiquement, sans démarche de votre part. Mais ce n'est pas le seul possible : il existe une alternative parfois plus avantageuse, que nous voyons juste après.
Exemple concret
Vous percevez 1 000 € d'intérêts en 2026. Avec la flat tax à 31,4 %, vous payez 314 € d'impôt (128 € d'IR + 186 € de prélèvements sociaux). Il vous reste donc 686 € nets. Sur des intérêts perçus en 2025, la note aurait été de 300 €.
Flat tax ou barème progressif : lequel choisir ?
Vous n'êtes pas obligé de subir la flat tax. Vous pouvez choisir d'imposer vos intérêts au barème progressif de l'impôt sur le revenu, c'est-à-dire selon votre tranche d'imposition habituelle. Dans ce cas, les 18,6 % de prélèvements sociaux restent dus à l'identique, mais la partie « impôt sur le revenu » s'adapte à votre situation.
La règle de décision est simple : cette option devient intéressante si votre taux marginal d'imposition est inférieur à 12,8 %. Concrètement, elle profite surtout :
- aux foyers non imposables ;
- aux foyers dans la tranche à 11 %.
Si vous êtes dans une tranche plus élevée (30 % et au-delà), la flat tax reste presque toujours plus avantageuse.
Pour opter pour le barème, il suffit de cocher la case 2OP sur votre déclaration. Attention toutefois : ce choix est global. Il s'applique à l'ensemble de vos revenus de capitaux mobiliers et de vos plus-values mobilières de l'année, pas seulement à votre crowdlending. À arbitrer, donc, en regardant l'ensemble de vos placements.
Mon avis : je ne me pose vraiment la question du barème que dans deux cas — si le foyer est non imposable, ou s'il est tout en bas de la tranche à 11 %. Dès qu'on monte, la flat tax gagne quasi systématiquement. Le piège serait de cocher la 2OP « au cas où » : le choix s'applique à TOUS vos revenus de capitaux de l'année, pas juste au crowdlending.
La déduction des pertes en capital : l'avantage du crowdlending
C'est l'une des particularités les plus intéressantes du crowdlending, et pourtant peu d'investisseurs la connaissent. Quand un projet fait défaut et que vous ne récupérez pas votre capital, cette perte n'est pas forcément perdue sur le plan fiscal.
La perte en capital subie sur un prêt non remboursé est imputable sur les intérêts générés par des prêts de même nature. Vous pouvez la déduire des intérêts perçus l'année de la perte, mais aussi au cours des cinq années suivantes. Ce dispositif est prévu par l'article 125-00 A du Code général des impôts.
Autrement dit, si l'un de vos prêts tourne mal, vous pouvez venir diminuer la base imposable de vos autres intérêts de crowdlending. De quoi amortir un peu le coup.
Quelques conditions à connaître :
- le dispositif concerne les prêts consentis depuis le 1er janvier 2016 ;
- la perte doit correspondre à une créance définitivement irrécouvrable. Ce point est crucial : un simple retard de paiement ou un impayé à l'échéance ne suffit pas. Il faut que l'irrécouvrabilité soit établie (échec des poursuites contre le débiteur, disparition de l'emprunteur, etc.) ;
- l'imputation est plafonnée à 8 000 € par an (ce plafond reste en vigueur pour les déclarations 2026).
Attention, seule la perte en capital est déductible, c'est-à-dire la différence entre le capital que vous aviez prêté et le montant effectivement remboursé. Les intérêts que vous n'auriez pas touchés, eux, n'entrent pas dans le calcul.
Exemple concret
Sur l'année, vous avez perçu 2 000 € d'intérêts, mais l'un de vos prêts, définitivement irrécouvrable, vous a fait perdre 800 € de capital. Vous pourrez imputer ces 800 € sur vos intérêts : vous ne serez alors imposé que sur 1 200 €.
Une nuance importante : cette imputation ne réduit que la part impôt sur le revenu. Les prélèvements sociaux, eux, restent calculés sur vos intérêts bruts ; la perte est sans effet sur leur assiette.
Côté déclaration, la perte vient en diminution de vos intérêts imposables : concrètement, vous retranchez son montant de celui que vous portez en case 2TT (votre IFU la fait généralement apparaître à part). Le libellé exact de la case ayant évolué au fil des déclarations, vérifiez-le sur la notice de l'année.
Comment déclarer ses revenus de crowdlending ?
Voici la partie qui inquiète le plus, et pourtant c'est souvent la plus rapide. Les plateformes françaises vous fournissent chaque année un Imprimé Fiscal Unique (IFU), qui récapitule vos revenus. Une partie de votre déclaration est même pré-remplie automatiquement.
Mais, et c'est important, vérifiez toujours les montants avant de valider : c'est votre rendement net qui en dépend.
Les principales cases de la déclaration de revenus| Case | Ce qu'elle contient |
|---|
| 2TT | Intérêts des prêts participatifs et des minibons — la case dédiée au financement participatif. Certaines plateformes utilisent la case 2TR à la place. |
| 2TR | Intérêts et autres produits de placement à revenu fixe (obligations, etc.). |
| 2CK | Acompte de 12,8 % déjà prélevé à la source par les plateformes françaises. À ne pas oublier : c'est un crédit d'impôt qui vous évite d'être imposé deux fois. |
| 2BH | Intérêts déjà soumis aux prélèvements sociaux, avec CSG déductible (en cas d'option pour le barème). |
| 2CG | Intérêts déjà soumis aux prélèvements sociaux, sans CSG déductible (dans le cadre de la flat tax). |
| 2TU | Pertes en capital à imputer sur vos intérêts. |
| 2OP | Case à cocher pour opter pour le barème progressif plutôt que la flat tax. |
Mon avis : si je ne devais donner qu'un seul conseil, ce serait celui-là — tenez un tableur, dès le premier prêt. Une ligne par plateforme, une colonne par mois, et vous notez les intérêts perçus au fil de l'eau. Ça prend deux minutes par mois et ça vous évite la panique de mai, quand il faut reconstituer une année entière.
Le prélèvement à la source et la dispense d'acompte
Voici un point qui échappe à beaucoup d'investisseurs et qui peut pourtant vous faire gagner en trésorerie.
Sur les plateformes françaises, les 12,8 % d'impôt sur le revenu ne sont pas payés l'année suivante : ils sont prélevés directement à la source, en même temps que les 18,6 % de prélèvements sociaux. C'est ce qu'on appelle l'acompte (ou prélèvement forfaitaire non libératoire).
Ce n'est pas un impôt supplémentaire, loin de là : c'est une avance, régularisée lors de votre déclaration.
Le problème, c'est que si vous êtes peu ou pas imposable, vous faites une avance gratuite à l'État pendant plusieurs mois — de l'argent qui dort au lieu de travailler pour vous.
Bonne nouvelle : vous pouvez demander à en être dispensé. La dispense d'acompte est ouverte si votre revenu fiscal de référence de l'avant-dernière année (N-2) est inférieur à :
- 25 000 € pour une personne seule ;
- 50 000 € pour un couple soumis à imposition commune.
La demande se fait auprès de la plateforme, généralement avant le 30 novembre pour l'année suivante. Un réflexe simple qui améliore votre trésorerie sans rien changer à l'impôt final.
Crowdlending sur une plateforme étrangère : ce qui change
De plus en plus d'investisseurs français diversifient sur des plateformes européennes, souvent pour aller chercher des rendements plus élevés. Sur le plan fiscal, quelques différences importantes sont à connaître.
D'abord, le principe reste le même. En tant que résident fiscal français, vos intérêts sont imposables en France, quelle que soit la localisation de la plateforme. Il n'existe aucune niche européenne qui permettrait d'y échapper. Ce qui change, c'est la manière de déclarer.
Première différence : les plateformes étrangères ne prélèvent pas l'acompte français à la source. Vous ne bénéficiez donc pas du pré-remplissage, et c'est à vous de déclarer vos intérêts bruts, en case 2TT.
Seconde différence, à ne surtout pas oublier : vous devez déclarer chaque compte détenu à l'étranger via le formulaire dédié (3916 / 3916-bis selon la nature du compte). Cette obligation vaut pour tout compte ouvert, utilisé ou clôturé au cours de l'année, même si son solde est de 0 €. Les informations à fournir sont simples : nom de la plateforme, pays, numéro de compte et date d'ouverture. L'oubli de cette déclaration peut coûter cher en cas de contrôle, alors autant en faire une habitude.
Le cas particulier des plateformes suisses
La Suisse n'étant pas membre de l'Union européenne, elle mérite un point spécifique : c'est le cas, par exemple, avec Maclear.
La Suisse applique, sur certains revenus de placement, un « impôt anticipé » de 35 % prélevé à la source. Selon la nature des intérêts et la structure de la plateforme, vos intérêts peuvent donc vous arriver amputés de cette retenue.
Il ne s'agit pas d'une double imposition définitive : la convention fiscale franco-suisse attribue en principe l'imposition des intérêts à votre pays de résidence, la France. L'impôt anticipé éventuellement prélevé se récupère alors non pas via un crédit d'impôt en France, mais par une demande de remboursement directement auprès de l'administration fiscale suisse (dans un délai de trois ans).
Dans tous les cas, vous déclarez vos intérêts en France (case 2TT) et vous renseignez le compte suisse sur votre déclaration de comptes détenus à l'étranger (3916 / 3916-bis). Le cadre général de l'investissement en Suisse depuis la France est détaillé dans notre guide investir en Suisse depuis la France.
Une précision utile : toutes les plateformes suisses n'appliquent pas cet impôt anticipé de la même façon, et certains intérêts en sont exonérés. Avant d'investir, renseignez-vous auprès de la plateforme sur sa pratique exacte. Elle vous remettra en principe, à chaque versement, un avis détaillant le montant brut d'intérêts, la retenue éventuelle et le montant net : conservez-le, il vous servira pour votre déclaration.
Et si j'investis en capital (crowdequity) ?
Un mot pour celles et ceux qui investissent aussi en capital. En crowdequity, vous ne prêtez pas : vous devenez actionnaire de l'entreprise. Vous pouvez alors percevoir des dividendes et, à la revente, réaliser des plus-values.
Ces revenus sont eux aussi soumis, par défaut, à la flat tax (31,4 % depuis 2026), avec la même possibilité d'opter pour le barème progressif si c'est plus avantageux pour vous.
À noter : si vous logez ces titres dans un PEA-PME et que vous n'effectuez aucun retrait pendant au moins 5 ans, vos gains sont exonérés d'impôt sur le revenu et ne supportent plus que les prélèvements sociaux, au lieu de la flat tax complète. Une piste d'optimisation intéressante sur le long terme, à étudier selon votre profil.
Ce qu'il faut retenir
L'essentiel en trois points
- Vos intérêts sont soumis par défaut à la flat tax de 31,4 % (12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux).
- Si vous êtes peu imposé, l'option pour le barème progressif (case 2OP) peut vous faire payer moins — mais elle vaut pour tous vos revenus de capitaux de l'année.
- En cas de défaut, la déduction des pertes en capital (article 125-00 A du CGI, plafond 8 000 € par an) vient adoucir la facture.
Le reste, c'est de la méthode : vérifiez votre IFU, tenez votre tableur à jour, et n'oubliez pas le formulaire 3916-bis si vous investissez à l'étranger. Avec ces réflexes, la déclaration devient une simple formalité, et vous pouvez vous concentrer sur l'essentiel : faire fructifier votre épargne sereinement. Le crowdlending reste un placement à risque : le capital investi n'est pas garanti et une perte partielle ou totale est possible.
Questions fréquentes
Dois-je déclarer mes intérêts de crowdlending si je les réinvestis ?
Oui. Vos intérêts sont imposables dès qu'ils sont crédités sur votre compte, que vous les retiriez ou que vous les réinvestissiez. Le réinvestissement ne les fait pas échapper à l'impôt.
Faut-il déclarer même si j'ai gagné peu ?
Oui. Les intérêts de crowdlending sont imposables dès le premier euro : il n'existe pas de seuil d'exonération pour ces revenus.
Comment déclarer une plateforme étrangère comme Maclear ?
Vous déclarez vos intérêts bruts en case 2TT et vous renseignez le compte sur le formulaire dédié aux comptes détenus à l'étranger (3916 / 3916-bis), même si le solde est nul. Pour une plateforme suisse, si un impôt anticipé de 35 % a été prélevé, il se récupère auprès de l'administration suisse : l'imposition définitive, elle, revient à la France.
Peut-on vraiment déduire ses pertes en crowdlending ?
Oui, sous conditions. La perte en capital sur un prêt définitivement irrécouvrable est imputable sur vos intérêts de même nature, l'année de la perte et les cinq suivantes, dans la limite de 8 000 € par an (article 125-00 A du CGI).
Flat tax ou barème progressif : comment savoir ?
La flat tax est de 31,4 % depuis 2026 (12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux). Le barème n'est intéressant que si votre taux marginal d'imposition est inférieur à 12,8 % (foyers non imposables ou tranche à 11 %). Au-delà, la flat tax reste plus avantageuse. Simulez les deux avant de cocher la case 2OP.
À propos de Maclear
Maclear AG est une plateforme suisse de prêt entre particuliers (P2P) et de crowdlending, dont le siège se situe en Suisse. La société agit comme intermédiaire financier dans le secteur non bancaire et est membre de PolyReg SRO, conformément à la réglementation financière suisse, notamment en matière d'AML, de KYC et de RGPD. Maclear donne aux investisseurs particuliers et qualifiés accès à des opportunités de prêts aux entreprises soigneusement sélectionnées, avec une évaluation des risques intégrée, un Provision Fund et un Secondary Market destiné à la liquidité.
Le contenu de cet article est fourni à des fins d'information et d'éducation uniquement. Il ne constitue pas un conseil en investissement, financier, fiscal ou juridique. Le prêt entre particuliers (P2P) et les investissements en crowdlending comportent un risque de perte partielle ou totale du capital. Les performances passées ne préjugent pas des résultats futurs. La liquidité sur un marché secondaire n'est pas garantie. Les lecteurs sont invités à mener leurs propres recherches et à consulter des conseillers qualifiés avant de prendre toute décision financière. La disponibilité des produits et services peut être restreinte dans certaines juridictions.