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Investir en Suisse depuis la France : cadre, fiscalité et types de plateformes

Le franc suisse, la stabilité, des multinationales parmi les plus solides d'Europe : la Suisse fait rêver beaucoup d'épargnants français. Mais est-ce seulement autorisé depuis la France, quelle fiscalité s'applique et par où passer concrètement ? Ce guide détaille le cadre légal (formulaire 3916, échange automatique de renseignements), la fiscalité franco-suisse et les quatre grandes familles de plateformes, du compte-titres au crowdlending.

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Note : cet article a une vocation pédagogique et ne constitue pas un conseil en investissement ni un conseil fiscal individualisé. Votre situation personnelle (résidence, revenus, montants et objectifs) peut modifier les règles applicables. Pour des montants importants, rapprochez-vous d'un professionnel et vérifiez les sources officielles.

Pourquoi investir en Suisse quand on vit en France ?

Avant le « comment », posons le « pourquoi ». Trois arguments reviennent presque toujours.

Le premier, c'est le franc suisse. Historiquement, le CHF joue un rôle de valeur refuge : quand les marchés tremblent, il a tendance à se renforcer. Il faut dire que la Suisse cultive des fondamentaux enviables, avec une dette publique très faible (moins de 20 % du PIB) et une inflation contenue. Détenir une poche en francs suisses, c'est déjà une forme de diversification monétaire.

Le deuxième, c'est la solidité de la place financière et du cadre juridique. Les marchés suisses sont supervisés par la FINMA, l'équivalent de notre AMF. Et la cotation suisse abrite des poids lourds mondiaux : Nestlé, Roche, Novartis, Richemont, UBS... des entreprises rentables et souvent défensives.

Le troisième, c'est la diversification, tout simplement : sortir une partie de son patrimoine de la seule sphère française, dans un pays réputé stable.

Le revers de la médaille

Qui dit franc suisse dit risque de change. Si vous investissez en euros et que le CHF baisse face à l'euro, votre performance en pâtit (et inversement). La stabilité suisse ne supprime pas ce risque : elle le déplace. Voyez donc la Suisse comme une brique de diversification (souvent 10 à 20 % d'une poche), pas comme une stratégie à elle seule.

Un dernier mot pour couper court à un malentendu tenace : investir en Suisse n'est pas une astuce pour payer moins d'impôts. On verra pourquoi juste en dessous.

Peut-on légalement investir en Suisse depuis la France ?

Oui, c'est parfaitement légal (mais vous restez imposable en France)

Rassurez-vous d'emblée : rien ne vous interdit, en tant que résident français, d'ouvrir un compte, d'acheter des titres ou de placer de l'argent en Suisse. C'est légal et plutôt banal chez les investisseurs aguerris.

Il y a toutefois une règle d'or à intégrer : tant que votre domicile fiscal est en France (article 4 B du Code général des impôts), vous êtes imposable en France sur l'ensemble de vos revenus mondiaux.

Vos gains suisses ne disparaissent donc pas des radars du fisc français : ils s'ajoutent simplement à ce que vous déclarez ici.

La fin du secret bancaire et l'échange automatique de renseignements

Le fameux « secret bancaire suisse » appartient au passé pour un résident français. Depuis 2017-2018, la Suisse participe à l'échange automatique de renseignements (EAR) : chaque année, elle transmet à l'administration française les soldes et revenus des comptes que vous y détenez.

Autrement dit, la transparence est totale. Toute tentation de cacher des avoirs en Suisse serait non seulement illégale, mais aussi vaine, et surtout sévèrement sanctionnée. La bonne nouvelle, c'est que jouer franc-jeu est très simple : il suffit de connaître une formalité.

Votre obligation déclarative : le formulaire 3916

Dès que vous détenez un compte en Suisse (compte-titres, compte bancaire, ou compte ouvert chez une plateforme d'investissement), vous devez le déclarer chaque année via le formulaire 3916 / 3916-bis, joint à votre déclaration de revenus. Cette obligation vaut pour tout compte ouvert, utilisé ou clôturé dans l'année, même si son solde est nul.

Les informations demandées sont basiques : nom de l'établissement ou de la plateforme, pays, numéro de compte, date d'ouverture. Rien de sorcier.

À ne pas négliger

L'oubli de cette déclaration coûte cher : l'amende est de 1 500 € par compte non déclaré (et peut grimper à 10 000 € dans certains cas). Prenez le réflexe dès la première année : c'est deux minutes de travail pour s'éviter un vrai souci en cas de contrôle.

Les types de plateformes pour investir en Suisse

On arrive au cœur du sujet : concrètement, par quoi passe-t-on ? Il n'existe pas une seule bonne réponse. Le bon support dépend de votre montant, de votre profil et de votre tolérance aux frais.

Voici les grandes familles, de la plus classique à la plus récente.

1. Le compte-titres chez un courtier (actions et ETF en direct)

C'est la voie la plus directe pour acheter des actions suisses cotées à la Bourse de Zurich (la SIX Swiss Exchange). Des courtiers comme Interactive Brokers, Saxo, Swissquote ou Trade Republic y donnent accès, avec des frais d'ordre modestes auxquels s'ajoutent, évidemment, des frais de change EUR/CHF.

C'est l'option de ceux qui veulent choisir leurs lignes eux-mêmes (un Nestlé, un Roche...).

2. Les ETF exposés à la Suisse

Plutôt que de sélectionner action par action, un ETF (ou tracker) vous expose d'un coup à tout un panier de valeurs suisses. C'est simple, peu coûteux et diversifié.

Vous verrez souvent quatre indices : le SMI (les 20 plus grosses capitalisations), le SLI (30 valeurs, mieux plafonnées), le SPI (plus de 200 valeurs) et le MSCI Switzerland IMI.

Le point à connaître absolument

Ces ETF suisses ne sont pas éligibles au PEA, car la Suisse n'appartient pas à l'Espace économique européen. On y revient plus bas, mais gardez-le en tête : pour la Suisse, on passe par le compte-titres, pas par le PEA.

3. La banque suisse et l'assurance-vie luxembourgeoise

Ouvrir un compte dans une banque suisse est possible, mais rarement pertinent pour un particulier français : les banques exigent souvent des tickets d'entrée élevés (de 100 000 à 500 000 CHF, voire plus en banque privée), les frais de tenue sont conséquents et le rendement de l'épargne est quasi nul.

Ça ne prend vraiment son sens que dans une logique patrimoniale globale ou un projet d'installation en Suisse.

Pour les patrimoines plus importants, l'assurance-vie luxembourgeoise offre une alternative élégante : un univers d'investissement très large (dont des supports exposés à la Suisse), tout en conservant la fiscalité française de l'assurance-vie. Elle devient intéressante à partir de quelques centaines de milliers d'euros.

4. Le crowdlending : prêter aux entreprises via une plateforme suisse

Voici une famille plus récente, et souvent absente des guides classiques : le crowdlending (prêt participatif).

Le principe est limpide : via une plateforme basée en Suisse, vous prêtez de l'argent à des entreprises et, en échange, vous percevez des intérêts, généralement versés chaque mois. À l'échéance, votre capital vous est remboursé — sous réserve que l'emprunteur honore son engagement.

Son gros avantage par rapport à la banque privée : l'accessibilité. Là où un compte en banque suisse réclame six chiffres et toute une batterie de vérifications liées à la conformité, une plateforme de crowdlending vous ouvre l'accès à un placement basé en Suisse pour quelques dizaines d'euros.

C'est le cas, par exemple, de Maclear, plateforme suisse de prêt participatif aux entreprises. Maclear AG opère comme intermédiaire financier du secteur non bancaire et est membre de l'organisme d'autorégulation PolyReg SRO.

Côté cadre, ces plateformes opèrent sous supervision suisse (souvent via l'affiliation à un organisme d'autorégulation reconnu) et proposent des mécanismes d'atténuation du risque comme un Provision Fund ou des sûretés sur les projets. Attention toutefois : un Provision Fund est une réserve discrétionnaire, ce n'est ni une garantie des dépôts ni une garantie de rachat. Et soyons honnêtes : rendement élevé rime toujours avec risque plus élevé. Le capital investi n'est pas garanti.

Mon avis : je ne mets jamais tous mes œufs dans le même panier, je répartis sur de nombreux projets plutôt que de miser gros sur un seul. Je regarde l'ancienneté de la plateforme et la régularité de ses rapports financiers. Et je n'investis que de l'argent dont je n'ai pas besoin à court terme. Le P2P est un bon outil de diversification, à condition de le traiter comme tel.

Quelle enveloppe selon votre profil ?

Le bon support dépend aussi de votre situation. Trois cas de figure reviennent le plus souvent.

Vous êtes résident fiscal français

La règle clé tient en une phrase : le PEA est fermé aux valeurs suisses (Suisse hors EEE). Vos outils sont donc le compte-titres ordinaire, l'assurance-vie (française ou luxembourgeoise pour les gros patrimoines) et, pour le prêt participatif, les plateformes de crowdlending.

Vous êtes travailleur frontalier

Situation hybride : vous résidez en France mais percevez des revenus en Suisse, avec des cotisations aux 1er et 2e piliers. Selon votre canton de travail, une retenue à la source peut s'appliquer sur le salaire. Pour votre épargne personnelle, les enveloppes françaises (compte-titres, assurance-vie) restent la base.

Vous êtes expatrié en Suisse (ou en projet)

Si vous vivez en Suisse, vous basculez dans le droit fiscal suisse et accédez à la cote locale sans friction. Si vous préparez votre départ, un point de vigilance : l'exit tax française peut s'appliquer aux gros portefeuilles. Mieux vaut anticiper ces arbitrages avant de faire vos cartons.

La fiscalité de vos investissements suisses

C'est le chapitre qui inquiète le plus, même si tout devient rapidement lisible une fois qu'on distingue trois types de revenus : les dividendes, les intérêts et les plus-values.

Les dividendes : l'impôt anticipé de 35 % et la convention franco-suisse

Quand une société suisse vous verse un dividende, la Suisse prélève d'abord à la source un « impôt anticipé » de 35 %. Impressionnant sur le papier, mais ce n'est pas la fin de l'histoire. La convention fiscale franco-suisse de 1966 plafonne l'imposition suisse définitive à 15 % : les 20 % restants sont récupérables via une demande de remboursement auprès de l'Administration fédérale des contributions suisse.

Côté France, le dividende brut est réintégré et soumis au PFU (la « flat tax »), à 31,4 % depuis le 1er janvier 2026 (12,8 % d'impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux). Un crédit d'impôt de 15 % vient neutraliser la part suisse et éviter la double imposition.

Exemple concret

Sur 1 000 € de dividendes suisses, la Suisse retient d'abord 350 €. Vous en récupérez 200 € via la convention (il reste 15 % de charge suisse, soit 150 €). En France, votre flat tax de 314 € est diminuée d'un crédit d'impôt de 150 €. Au total, en jouant correctement le mécanisme, vous n'êtes pas imposé deux fois : c'est bien la France qui perçoit l'essentiel.

Les intérêts (crowdlending, obligations) : un traitement plus simple

Pour les intérêts, c'est en général plus léger. Les intérêts de prêts participatifs versés par une plateforme de crowdlending échappent le plus souvent à l'impôt anticipé suisse de 35 % (contrairement aux intérêts de comptes ou d'obligations suisses).

Vous les déclarez alors en France, au PFU de 31,4 %, en case 2TT, et vous renseignez le compte sur le formulaire 3916.

Ce point est détaillé (impôt anticipé, récupération, déclaration case par case, déduction des pertes) dans notre guide dédié à la fiscalité du crowdlending.

Les plus-values : tout se joue côté français

Bonne nouvelle sur les plus-values : la Suisse n'impose pas les plus-values mobilières réalisées par un non-résident. Tout se règle donc en France, au PFU de 31,4 % (avec l'option possible pour le barème progressif si votre tranche d'imposition est basse). Rien de spécifiquement suisse à gérer ici.

Pour y voir clair, voici la fiscalité selon le type de revenu et le support :

Fiscalité des revenus suisses pour un résident fiscal français (situation 2026)
Type de revenuRetenue suisseImposition en France
Dividendes d'actions suisses35 %, ramenée à 15 % (récupération)Flat tax 31,4 % + crédit d'impôt 15 %
Intérêts de crowdlendingEn général aucuneFlat tax 31,4 % (case 2TT)
Plus-values mobilièresAucuneFlat tax 31,4 % (option barème possible)
Titres suisses dans un PEANon éligible (Suisse hors EEE)

Ce qu'il faut retenir avant de vous lancer

L'essentiel

  • C'est légal, mais vous restez imposable en France : la transparence (EAR) est totale, le secret bancaire n'existe plus pour un résident français.
  • Le formulaire 3916 est obligatoire pour tout compte suisse, sous peine d'amende. Prenez le réflexe.
  • Le PEA est exclu : pour la Suisse, on passe par le compte-titres, l'assurance-vie ou le crowdlending.
  • La retenue de 35 % sur les dividendes n'est pas une pénalité : bien activée, la convention franco-suisse ramène la charge à 15 % et évite la double imposition.
  • Voyez la Suisse comme une diversification (10 à 20 % d'une poche), pas comme une stratégie autonome ni un outil d'optimisation fiscale.

Questions fréquentes

Peut-on acheter des actions suisses dans un PEA ?

Non. La Suisse n'appartient pas à l'Espace économique européen, condition d'éligibilité au PEA. L'exclusion vaut aussi pour les ETF répliquant un indice suisse : l'administration regarde le sous-jacent. Passez par un compte-titres ou une assurance-vie.

Faut-il ouvrir un compte en Suisse pour investir sur place ?

Pas nécessairement. Un compte-titres chez un courtier européen suffit pour acheter des actions ou ETF suisses. Ouvrir un compte bancaire suisse n'a de sens qu'au-delà de seuils élevés ou dans une logique patrimoniale précise. Pour du prêt participatif, un compte sur une plateforme de crowdlending suisse suffit.

Comment récupérer la retenue à la source de 35 % sur les dividendes suisses ?

Via une demande de remboursement auprès de l'Administration fédérale des contributions suisse, avec justificatif de résidence fiscale française. Vous récupérez 20 %, la Suisse conservant 15 % au titre de la convention. Côté France, un crédit d'impôt de 15 % s'impute sur votre flat tax.

Le crowdlending suisse est-il fiscalisé en France ?

Oui. En tant que résident français, vos intérêts sont imposables en France, au PFU de 31,4 %, quelle que soit la localisation de la plateforme. Vous les déclarez en case 2TT et renseignez le compte sur le formulaire 3916, même si le solde est nul.

Investir en Suisse permet-il de payer moins d'impôts ?

Non. Il n'existe aucune niche : vos revenus suisses sont imposés en France comme vos autres placements. La Suisse apporte de la diversification et de la solidité, pas un avantage fiscal. Toute promesse contraire doit vous alerter.

À propos de Maclear

Maclear AG est une plateforme suisse de prêt entre particuliers (P2P) et de crowdlending, dont le siège se situe en Suisse. La société agit comme intermédiaire financier dans le secteur non bancaire et est membre de PolyReg SRO, conformément à la réglementation financière suisse, notamment en matière d'AML, de KYC et de RGPD. Maclear donne aux investisseurs particuliers et qualifiés accès à des opportunités de prêts aux entreprises soigneusement sélectionnées, avec une évaluation des risques intégrée, un Provision Fund et un Secondary Market destiné à la liquidité.

Le contenu de cet article est fourni à des fins d'information et d'éducation uniquement. Il ne constitue pas un conseil en investissement, financier, fiscal ou juridique. Le prêt entre particuliers (P2P) et les investissements en crowdlending comportent un risque de perte partielle ou totale du capital. Les performances passées ne préjugent pas des résultats futurs. La liquidité sur un marché secondaire n'est pas garantie. Les lecteurs sont invités à mener leurs propres recherches et à consulter des conseillers qualifiés avant de prendre toute décision financière. La disponibilité des produits et services peut être restreinte dans certaines juridictions.

Jordan Houi
Financial Advisor, AMF-Certified
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