Un proche disparaît, et avec le chagrin arrivent des papiers, un notaire, des délais. Puis une question que l'on n'ose pas toujours formuler à voix haute : combien va-t-il rester une fois que le fisc sera passé ? Le barème affiche des taux qui montent jusqu'à 45 %, voire 60 %, de quoi inquiéter n'importe qui. Sauf que le taux affiché n'est presque jamais celui que vous paierez. Dans cet article, on vous explique comment se calculent les droits de succession en 2026, on chiffre ce qu'il reste réellement dans quatre situations courantes, puis on vous donne les grandes lignes pour placer cette somme sereinement.
Droits de succession et impôts : ce qu'il vous reste et comment le placer
Au sommaire :
Comment se calculent les droits de succession
Combien il vous reste vraiment, quatre cas chiffrés
Ce qui échappe aux droits de succession
Les frais qui grignotent encore l'héritage
Comment placer l'argent hérité
FAQ
Comment se calculent les droits de succession
Bonne nouvelle d'abord : le calcul n'a rien de mystérieux.
Il se fait héritier par héritier, en trois temps. On détermine d'abord la part nette que chacun reçoit, c'est-à-dire sa part des biens du défunt une fois les dettes déduites. On retire ensuite un abattement qui dépend du lien de parenté. Enfin, on applique un barème progressif sur ce qui reste.
Progressif, comme l'impôt sur le revenu : chaque tranche est taxée à son propre taux, et seule la dernière tranche atteint le taux le plus élevé.
Le conjoint marié et le partenaire de PACS sont totalement exonérés de droits de succession depuis 2007, quel que soit le montant reçu. Toute la suite de l'article concerne donc les autres héritiers.
Les abattements selon votre lien avec le défunt
L'abattement, c'est la part de l'héritage qui n'est pas taxée du tout. Plus le lien de parenté est proche, plus il est élevé.
| Lien avec le défunt | Abattement en 2026 |
|---|---|
| Conjoint marié ou partenaire de PACS | Exonération totale |
| Enfant ou parent | 100 000 € |
| Frère ou sœur | 15 932 € |
| Neveu ou nièce | 7 967 € |
| Petit-enfant (sans représentation) | 1 594 € |
| Autre personne, concubin compris | 1 594 € |
| Héritier en situation de handicap | 159 325 € en plus de l'abattement personnel |
Concrètement : un enfant qui hérite de 90 000 € de l'un de ses parents ne paie rien. Zéro.
Et ces montants n'ont pas bougé avec la loi de finances pour 2026 : abattements et barème sont identiques à ceux des années précédentes.
Le barème en ligne directe
Pour les enfants, petits-enfants venant en représentation et parents, voici le barème qui s'applique à la part taxable, après abattement.
| Part taxable après abattement | Taux |
|---|---|
| Jusqu'à 8 072 € | 5 % |
| De 8 072 € à 12 109 € | 10 % |
| De 12 109 € à 15 932 € | 15 % |
| De 15 932 € à 552 324 € | 20 % |
| De 552 324 € à 902 838 € | 30 % |
| De 902 838 € à 1 805 677 € | 40 % |
| Au-delà de 1 805 677 € | 45 % |
Prenons un enfant qui hérite de 300 000 € de son père. Après l'abattement de 100 000 €, la part taxable est de 200 000 €. Le calcul donne 403,60 € sur la première tranche, 403,70 € sur la deuxième, 573,45 € sur la troisième, puis 36 813,60 € sur les 184 068 € restants taxés à 20 %.
Total : 38 194 €.
Soit 12,7 % de l'héritage. On est loin des 20 % que l'on aurait pu imaginer en lisant le barème, et encore plus loin des 45 %.
Frères, sœurs, neveux, concubin : une autre échelle
Dès que l'on sort de la ligne directe, le paysage change brutalement.
Entre frères et sœurs, le barème ne compte que deux tranches : 35 % jusqu'à 24 430 € de part taxable, puis 45 % au-delà. Pour les neveux et nièces, c'est un taux unique de 55 %. Et pour toutes les autres personnes (un ami, un cousin éloigné, un concubin non pacsé), le taux grimpe à 60 %.
Oui, 60 %.
Un frère ou une sœur peut être totalement exonéré s'il remplit trois conditions à la fois : être célibataire, veuf, divorcé ou séparé de corps, avoir plus de 50 ans (ou une infirmité qui l'empêche de travailler) au moment du décès, et avoir vécu sous le même toit que le défunt pendant les cinq années précédentes.
Combien reste-t-il après impôts ? Quatre cas chiffrés
Assez de théorie. Voici ce que donnent les droits de succession dans des situations que l'on rencontre souvent, calculés sur le barème 2026 et sans aucun abattement spécial.
| Situation | Montant hérité | Droits de succession | Il vous reste | Taux réel |
|---|---|---|---|---|
| Enfant | 150 000 € | 8 194 € | 141 806 € | 5,5 % |
| Enfant | 300 000 € | 38 194 € | 261 806 € | 12,7 % |
| Frère ou sœur (non exonéré) | 100 000 € | 35 388 € | 64 612 € | 35,4 % |
| Neveu ou nièce | 50 000 € | 23 118 € | 26 882 € | 46,2 % |
| Concubin non pacsé | 50 000 € | 29 044 € | 20 956 € | 58,1 % |
Ce tableau dit deux choses.
La première, rassurante : en ligne directe, la grande majorité des héritiers paient bien moins que ce qu'ils redoutaient. Un enfant qui reçoit 200 000 € règle par exemple 18 194 € de droits, soit un taux effectif de 9,1 %.
La seconde, beaucoup moins : pour un neveu ou un concubin, près de la moitié de l'héritage peut partir en impôt. C'est précisément pour ces liens de parenté que l'anticipation (assurance vie, PACS, donations) change tout... à condition d'y penser avant.
Les donations reçues du même défunt dans les 15 ans précédant le décès ont déjà « consommé » une partie de l'abattement. Si vos parents vous ont donné 60 000 € il y a dix ans, il ne vous reste que 40 000 € d'abattement sur la succession.
Ce qui échappe aux droits de succession
Tout ce que vous recevez au décès d'un proche ne passe pas forcément par le barème. Trois cas méritent votre attention.
L'assurance vie, un régime à part
Les sommes versées par un contrat d'assurance vie au bénéficiaire désigné ne font pas partie de la succession au sens civil. Elles ont leur propre fiscalité, qui dépend de l'âge du défunt au moment où il a fait ses versements.
Pour les versements effectués avant 70 ans, chaque bénéficiaire profite d'un abattement de 152 500 €. Au-delà, les sommes sont taxées à 20 % jusqu'à 700 000 €, puis à 31,25 %.
Pour les versements effectués après 70 ans, l'abattement tombe à 30 500 €, et il est global : il se partage entre tous les bénéficiaires, tous contrats confondus. Ce qui dépasse est soumis aux droits de succession classiques. En revanche, les gains produits par ces versements ne sont pas taxés du tout.
Un exemple ? Une fille reçoit 200 000 € d'un contrat alimenté par sa mère avant ses 70 ans. Les 152 500 premiers euros sont exonérés, les 47 500 € restants sont taxés à 20 %, soit 9 500 €. Et l'abattement de 100 000 € sur le reste de la succession reste entier !
Le conjoint survivant
On l'a dit plus haut, mais cela vaut d'être rappelé : époux et partenaires de PACS ne paient rien. Cette exonération ne concerne que les couples mariés ou pacsés. Le concubin, lui, reste taxé à 60 % après un abattement de 1 594 €.
Une différence énorme pour un simple passage en mairie.
La résidence principale du défunt
Lorsque le logement principal du défunt est occupé au jour du décès par son conjoint, son partenaire de PACS ou l'un de ses enfants, sa valeur bénéficie d'un abattement de 20 % pour le calcul des droits. Sur une maison estimée 400 000 €, la base taxable descend à 320 000 €.
Les frais qui grignotent l'héritage
Les droits de succession ne sont pas la seule ligne de dépense. Pour connaître ce qui arrivera vraiment sur votre compte, il faut aussi compter avec plusieurs frais annexes.
Les émoluments du notaire. Son intervention est obligatoire dès qu'un bien immobilier fait partie de la succession. Ses émoluments sont réglementés et dépendent de la valeur des biens et des actes à rédiger (attestation immobilière, déclaration, partage). Pour une succession comprenant un logement, comptez souvent plusieurs milliers d'euros.
Les frais bancaires de succession. Longtemps opaques, ils sont désormais plafonnés à 1 % des avoirs du défunt, avec un maximum d'environ 850 €. Pour 10 000 € sur les comptes, la banque ne peut plus facturer plus de 100 €.
Les pénalités de retard. La déclaration de succession doit être déposée dans les six mois suivant le décès (douze mois si le défunt vivait à l'étranger). Passé ce délai, des intérêts de retard s'appliquent, puis une majoration de 10 % au-delà d'un an de retard. Sur 100 000 € de droits, un an de retard peut coûter plus de 12 000 € de pénalités.
Vous n'avez pas les liquidités pour payer les droits, parce que l'héritage est surtout constitué d'une maison ? L'administration peut accorder, sur demande, un paiement fractionné ou différé, avec des intérêts. Parlez-en au notaire dès le départ plutôt que de laisser filer les délais.
Bref, entre le montant hérité et la somme réellement disponible, il y a les droits, plus quelques milliers d'euros de frais. Mieux vaut le savoir avant de faire des plans.
Comment placer l'argent hérité ?
Une fois les droits réglés, l'argent est là. Et c'est souvent à ce moment que l'on se sent le plus démuni.
Premier conseil, et non des moindres : ne rien précipiter. Rien ne vous oblige à investir dans le mois qui suit. Laisser la somme quelques semaines sur un livret réglementé, le temps de souffler et de faire le point, est une décision parfaitement raisonnable.
Ensuite, trois étapes simples permettent de structurer la réflexion.
Commencer par l'épargne de précaution. Avant tout investissement, vérifiez que vous disposez de trois à six mois de dépenses sur un support disponible à tout moment. Un héritage est souvent l'occasion de compléter ce matelas.
Découper la somme selon vos horizons. L'argent dont vous aurez besoin dans deux ans (travaux, apport immobilier) n'a pas vocation à être placé comme celui que vous ne toucherez pas avant dix ans. À chaque horizon son support, et son niveau de risque.
Diversifier. Pour la part de long terme, mieux vaut répartir entre plusieurs classes d'actifs plutôt que de tout miser sur un seul placement : fonds en euros et unités de compte en assurance vie, actions via un PEA, immobilier, et pourquoi pas une poche de prêts aux entreprises. Le crowdlending permet par exemple de financer des PME en échange d'intérêts versés régulièrement. Comme tout investissement, il comporte un risque de perte en capital et une liquidité limitée : il se conçoit comme une composante d'un patrimoine diversifié, pas comme sa totalité. Les intérêts perçus sont par ailleurs imposables, comme on l'explique dans notre article sur la fiscalité du crowdlending.
Tableau récapitulatif
| Point clé | À retenir |
|---|---|
| Conjoint et partenaire de PACS | Exonération totale |
| Enfant | 100 000 € d'abattement, puis barème de 5 % à 45 % |
| Frère ou sœur | 15 932 € d'abattement, puis 35 % et 45 % |
| Neveu, nièce | 7 967 € d'abattement, puis 55 % |
| Concubin, ami | 1 594 € d'abattement, puis 60 % |
| Assurance vie | Régime à part : 152 500 € par bénéficiaire avant 70 ans |
| Délai de déclaration | 6 mois après le décès |
| Placement | Précaution, horizons, diversification |
À retenir
En ligne directe, les droits de succession pèsent bien moins lourd que ce que laisse penser le barème : pour la plupart des héritages, le taux réel reste sous les 15 %. C'est hors de la famille proche que la facture devient vraiment sévère.
Avant de parler placement, faites donc le compte complet : droits, frais de notaire, frais bancaires. C'est ce montant net, et lui seul, qui doit servir de base à vos décisions.
Et une fois la somme disponible, prenez le temps. Un héritage bien placé est rarement un héritage placé dans l'urgence.
FAQ
Les droits de succession se paient-ils avant le partage ?
Oui, en principe. Ils sont dus au moment du dépôt de la déclaration, dans les six mois qui suivent le décès, même si le partage entre héritiers n'est pas terminé. Chaque héritier est redevable de ses propres droits, mais le notaire les règle souvent à partir des comptes du défunt lorsque c'est possible.
Peut-on étaler le paiement des droits de succession ?
Oui, sous conditions. L'administration fiscale peut accorder un paiement fractionné, en plusieurs versements, ou un paiement différé, notamment lorsqu'un héritier reçoit la nue-propriété d'un bien. La demande se fait au moment du dépôt de la déclaration et des intérêts s'appliquent.
L'assurance vie entre-t-elle dans la succession ?
Non, pas au sens civil. Les capitaux versés au bénéficiaire désigné suivent leur propre fiscalité : abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les versements faits avant 70 ans, et abattement global de 30 500 € pour ceux faits après. Des primes manifestement exagérées au regard du patrimoine du défunt peuvent toutefois être réintégrées.
Que se passe-t-il si je refuse la succession ?
Vous ne recevez rien et vous ne payez aucun droit, ni aucune dette du défunt. Votre part revient alors aux autres héritiers, ou à vos propres enfants par représentation. À noter : refuser la succession ne vous fait pas perdre le bénéfice d'une assurance vie dont vous êtes bénéficiaire.
Les droits de succession font peur, souvent plus qu'ils ne le devraient. Connaître le calcul, c'est déjà reprendre la main sur une période où tout semble vous échapper. Et vous, savez-vous aujourd'hui ce que vos proches paieraient sur ce que vous leur transmettrez ?
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