Vous avez un contrat d'assurance vie depuis quelques années et vous vous apprêtez à retirer une partie de votre épargne. Travaux, apport pour un achat, coup de pouce à un enfant : peu importe la raison, une question revient toujours. Combien le fisc va-t-il prendre ? Entre le PFU, l'abattement après huit ans, le seuil de 150 000 € et les prélèvements sociaux, la fiscalité de l'assurance vie a la réputation d'être un casse-tête. Elle l'est un peu. Mais une fois la logique comprise, le calcul devient presque simple. On vous explique ici ce que vous payez réellement lors d'un rachat en 2026, exemples chiffrés à l'appui.
Quelle est la fiscalité de l'assurance vie au moment du rachat ?
Au sommaire :
Au rachat, seuls les gains sont taxés
Impôt sur le revenu et prélèvements sociaux, les deux étages de la facture
Rachat avant 8 ans
Rachat après 8 ans
Trois rachats chiffrés de bout en bout
Comment payer moins d'impôt sur vos rachats
Et au décès ?
Assurance vie et crowdlending, comparer à fiscalité égale
FAQ
La taxation au moment du rachat
Commençons par le principe le plus important, et le plus souvent mal compris.
Quand vous retirez de l'argent de votre contrat (on parle de rachat), vous ne payez pas d'impôt sur la totalité du retrait. L'argent que vous avez versé vous-même n'est jamais taxé : c'est votre capital, il a déjà été imposé avant d'arriver sur le contrat.
Seule la part de gains contenue dans le retrait est imposée.
Sauf que vous ne choisissez pas de retirer « d'abord les gains » ou « d'abord le capital ». Chaque rachat contient un mélange des deux, dans la même proportion que sur l'ensemble du contrat. La formule est la suivante :
Gains imposables = montant du rachat × (valeur du contrat − versements) ÷ valeur du contrat
Un exemple ? Vous avez versé 40 000 € et votre contrat vaut aujourd'hui 50 000 €. Les gains représentent donc 10 000 €, soit 20 % du contrat. Si vous retirez 5 000 €, seuls 1 000 € (20 % du retrait) sont imposables.
Le reste, 4 000 €, vous revient sans aucune fiscalité.
Si votre contrat est en moins-value, c'est-à-dire qu'il vaut moins que ce que vous avez versé, un rachat ne génère aucun impôt ni aucun prélèvement social.
Impôt sur le revenu et prélèvements sociaux, les deux étages de la facture
Sur la part de gains, deux prélèvements s'additionnent.
D'un côté, l'impôt sur le revenu, dont le taux dépend de l'ancienneté du contrat et du montant de vos versements. On y revient dans les deux sections suivantes.
De l'autre, les prélèvements sociaux (CSG, CRDS et prélèvement de solidarité), dus quoi qu'il arrive au taux de 17,2 %, sans abattement possible.
Et en 2026, ce taux de 17,2 % a une saveur particulière. La hausse de la CSG votée pour cette année a porté les prélèvements sociaux à 18,6 % sur la plupart des revenus du capital : compte-titres, PEA, intérêts de prêts... Mais l'assurance vie a été explicitement exclue de cette hausse. Résultat : le prélèvement forfaitaire unique reste à 30 % sur une assurance vie, contre 31,4 % pour la plupart des autres placements.
Un avantage discret, mais bien réel.
Fonds euros ou unités de compte : quand les prélèvements sociaux tombent
Voici le point qui surprend le plus les épargnants au moment du rachat.
Sur le fonds en euros, les prélèvements sociaux ne sont pas prélevés au rachat. Ils sont retenus chaque année, directement sur les intérêts inscrits au contrat. Quand vous retirez, ils ont donc déjà été payés, au moins en grande partie.
Sur les unités de compte, c'est l'inverse : rien n'est prélevé tant que vous ne touchez à rien. Les prélèvements sociaux tombent au moment du rachat, sur la part de gains.
Dans les faits, la plupart des contrats sont mixtes. L'assureur fait les comptes au moment du retrait et tient compte de ce qui a déjà été prélevé les années précédentes.
Le cas du rachat avant 8 ans
Avant le huitième anniversaire du contrat, la fiscalité est la plus simple, et la moins avantageuse.
Par défaut, la part de gains supporte le prélèvement forfaitaire unique (PFU, aussi appelé flat tax) : 12,8 % d'impôt sur le revenu, plus 17,2 % de prélèvements sociaux. Soit 30 % au total.
Vous pouvez aussi opter pour le barème progressif de l'impôt sur le revenu, lors de votre déclaration annuelle. Cette option n'est intéressante que si votre taux marginal d'imposition est inférieur à 12,8 %, en pratique si votre foyer est non imposable ou imposé dans la tranche à 11 %. Attention : l'option pour le barème s'applique alors à tous vos revenus de placement de l'année, pas seulement à ce rachat.
Ces règles valent pour les versements effectués depuis le 27 septembre 2017. Les sommes versées avant cette date relèvent de l'ancien régime, avec des taux de prélèvement libératoire de 35 % avant 4 ans et de 15 % entre 4 et 8 ans. Votre assureur fait la ventilation lui-même.
Le cas du rachat après 8 ans
Passé huit ans, l'assurance vie devient franchement intéressante.
Chaque année, vos gains bénéficient d'un abattement de 4 600 € si vous êtes célibataire, ou de 9 200 € pour un couple marié ou pacsé soumis à imposition commune. Cet abattement porte sur l'ensemble de vos rachats de l'année, tous contrats confondus.
Au-delà de l'abattement, la part de gains restante est taxée à un taux réduit de 7,5 %, plus les prélèvements sociaux. Soit 24,7 % au total.
Mais attention, deux subtilités changent souvent la donne.
La première : l'abattement ne s'applique qu'à l'impôt sur le revenu. Les prélèvements sociaux restent dus sur la totalité des gains, dès le premier euro. Même un rachat entièrement couvert par l'abattement coûte donc 17,2 % de prélèvements sociaux sur sa part de gains (sauf sur le fonds en euros, où ils ont déjà été payés).
La seconde : au moment du rachat, l'assureur retient en général un prélèvement de 7,5 % sur les gains, sans tenir compte de l'abattement. Ce n'est qu'un acompte. L'abattement est appliqué l'année suivante, lors du calcul de votre impôt, et le trop-perçu vous est restitué.
Pas de panique donc si vous voyez une retenue alors que vous pensiez ne rien payer !
Le seuil de 150 000 € de versements
Le taux de 7,5 % ne s'applique pas sans limite. Il concerne les gains liés aux 150 000 premiers euros de versements, tous contrats d'assurance vie confondus. Au-delà, la fraction de gains correspondante est taxée à 12,8 %, comme avant huit ans.
Point important : le seuil s'apprécie sur les versements restant investis, pas sur la valeur de vos contrats. Un épargnant qui a versé 120 000 € et dont le contrat vaut aujourd'hui 200 000 € reste entièrement sous le seuil.
Quand le seuil est dépassé, la part de gains taxable (après abattement) est répartie au prorata. Si vous avez versé 250 000 €, 60 % de cette part (150 000 ÷ 250 000) est taxée à 7,5 % et 40 % à 12,8 %.
Trois rachats chiffrés de bout en bout
Assez de règles, place aux chiffres. Dans les trois cas ci-dessous, le contrat est investi en unités de compte, pour que les prélèvements sociaux apparaissent bien au moment du rachat.
Cas n°1 : un contrat de 5 ans. Claire a versé 40 000 € sur un contrat ouvert il y a cinq ans, qui vaut aujourd'hui 46 000 €. Elle retire 10 000 €.
La part de gains du retrait est de 1 304 € (10 000 × 6 000 ÷ 46 000). Elle paie 167 € d'impôt sur le revenu (12,8 %) et 224 € de prélèvements sociaux (17,2 %).
Total : 391 €, soit moins de 4 % de son retrait.
Cas n°2 : un contrat de 10 ans, sous l'abattement. Marc, célibataire, a versé 50 000 € sur un contrat de dix ans, qui vaut 70 000 €. Il retire 14 000 €.
La part de gains est de 4 000 €, sous l'abattement de 4 600 €. Il ne doit donc aucun impôt sur le revenu. L'assureur retient quand même 300 € (7,5 %) au moment du rachat, qui lui seront remboursés l'année suivante. Restent les prélèvements sociaux : 688 €.
Cas n°3 : un gros contrat de 12 ans, au-delà de 150 000 €. Sophie, célibataire, a versé 250 000 € au total. Son contrat vaut 350 000 €. Elle retire 70 000 €.
La part de gains est de 20 000 €. Après l'abattement de 4 600 €, il reste 15 400 € imposables. Au prorata, 9 240 € sont taxés à 7,5 % (693 €) et 6 160 € à 12,8 % (788 €). Les prélèvements sociaux s'élèvent à 3 440 €.
Total : 4 921 €, soit environ 7 % du montant retiré.
| Cas n°1 | Cas n°2 | Cas n°3 | |
|---|---|---|---|
| Ancienneté du contrat | 5 ans | 10 ans | 12 ans |
| Montant du rachat | 10 000 € | 14 000 € | 70 000 € |
| Part de gains | 1 304 € | 4 000 € | 20 000 € |
| Impôt sur le revenu | 167 € | 0 € | 1 481 € |
| Prélèvements sociaux | 224 € | 688 € | 3 440 € |
| Coût total | 391 € | 688 € | 4 921 € |
On le voit : même dans le cas le moins favorable, la facture reste modeste rapportée au montant retiré. Parce qu'une grande partie de chaque rachat, c'est votre propre capital qui vous revient.
Comment payer moins d'impôt sur vos rachats ?
Bonne nouvelle : quelques réflexes simples permettent d'alléger la note, sans montage compliqué.
Étaler les rachats. L'abattement de 4 600 € ou 9 200 € se renouvelle chaque année. Plutôt qu'un gros retrait, plusieurs rachats répartis sur plusieurs années permettent de l'utiliser à chaque fois. Si votre projet le permet, c'est souvent le levier le plus efficace.
Préférer les rachats partiels. Un rachat total clôture le contrat et vous fait perdre son antériorité fiscale. Un rachat partiel garde le contrat ouvert, avec ses huit ans d'ancienneté.
Ouvrir un contrat tôt, même avec peu. Le compteur des huit ans démarre à l'ouverture du contrat, pas au moment de chaque versement. Ouvrir un contrat avec une petite somme, c'est prendre date pour l'avenir.
Vérifier l'option pour le barème. Si vos revenus sont faibles une année donnée, l'imposition au barème peut être plus douce que le taux forfaitaire. Simulez les deux avant de déclarer.
Certains épargnants pratiquent une « purge » des plus-values : un rachat chaque année juste sous l'abattement, aussitôt réinvesti. La technique réduit l'impôt sur le revenu futur, mais les prélèvements sociaux restent dus à chaque opération et des frais de versement peuvent s'appliquer. À calculer au cas par cas.
Que se passe-t-il en cas de décès ?
Le rachat n'est pas la seule façon de sortir d'un contrat. Au décès de l'assuré, les sommes sont versées aux bénéficiaires désignés, avec une fiscalité totalement différente.
Pour les versements effectués avant les 70 ans de l'assuré, chaque bénéficiaire profite d'un abattement de 152 500 €. Pour ceux effectués après 70 ans, un abattement global de 30 500 € s'applique, et les gains sont exonérés. Le conjoint et le partenaire de PACS, eux, ne paient rien.
C'est ce qui fait de l'assurance vie un outil de transmission si apprécié.
Assurance vie et crowdlending, comparer à fiscalité égale
Quand on compare l'assurance vie à d'autres placements, la fiscalité fausse souvent la comparaison si on ne la regarde pas de près.
Prenons 1 000 € de revenus. Sur une assurance vie de plus de huit ans, sous l'abattement, vous ne payez que les prélèvements sociaux : 172 €. Pour 1 000 € d'intérêts perçus en crowdlending, c'est le PFU qui s'applique, avec des prélèvements sociaux passés à 18,6 % en 2026 : 314 € au total, et ce dès la première année.
L'assurance vie gagne donc la bataille fiscale sur la durée. Mais la fiscalité n'est qu'un critère parmi d'autres. Le rendement brut, le risque, la régularité des revenus et la liquidité comptent tout autant. Le crowdlending verse des intérêts tout au long du prêt et ne nécessite pas d'attendre huit ans, quand le fonds en euros affiche des rendements plus modestes et que les unités de compte ne garantissent rien.
Les deux ne s'opposent pas forcément : ils peuvent se compléter dans un patrimoine diversifié. On détaille l'imposition des intérêts dans notre guide sur la fiscalité du crowdlending.
Tableau récapitulatif
| Situation | Impôt sur le revenu (sur les gains) | Prélèvements sociaux |
|---|---|---|
| Rachat avant 8 ans | 12,8 % (ou barème sur option) | 17,2 % |
| Rachat après 8 ans, sous l'abattement | 0 € | 17,2 % |
| Après 8 ans, au-delà de l'abattement, versements jusqu'à 150 000 € | 7,5 % | 17,2 % |
| Après 8 ans, part des versements au-delà de 150 000 € | 12,8 % | 17,2 % |
| Contrat en moins-value | 0 € | 0 € |
À retenir
Au rachat, seule la part de gains est taxée, jamais votre capital. C'est pour cela que la facture réelle est presque toujours bien plus faible qu'on ne l'imagine.
Après huit ans, l'abattement annuel de 4 600 € ou 9 200 € efface l'impôt sur le revenu pour la plupart des rachats raisonnables. Restent les prélèvements sociaux, épargnés en 2026 par la hausse de la CSG, et donc toujours à 17,2 %.
Enfin, le meilleur allié de votre fiscalité, c'est le temps : ouvrir tôt, retirer progressivement, garder le contrat ouvert.
FAQ
Faut-il déclarer un rachat d'assurance vie aux impôts ?
Oui. Les gains issus d'un rachat doivent figurer sur votre déclaration de revenus de l'année suivante. Dans la plupart des cas, les montants sont préremplis à partir des informations transmises par l'assureur. Vérifiez-les : c'est à ce moment que l'abattement est appliqué et que l'éventuel trop-perçu vous est remboursé.
L'abattement de 4 600 € s'applique-t-il aux prélèvements sociaux ?
Non. L'abattement réduit uniquement l'impôt sur le revenu. Les prélèvements sociaux de 17,2 % s'appliquent sur la totalité des gains du rachat, sans aucun abattement. Sur le fonds en euros, ils ont toutefois déjà été prélevés chaque année.
Peut-on retirer de l'argent de son assurance vie sans payer d'impôt ?
Oui, dans deux cas. Si votre contrat est en moins-value, aucun impôt ni prélèvement social n'est dû. Et après huit ans, si la part de gains de vos rachats de l'année reste sous l'abattement, vous ne payez pas d'impôt sur le revenu. Les prélèvements sociaux restent en revanche dus sur les gains.
Comment est imposée une sortie en rente viagère ?
Seule une fraction de la rente est imposable, et elle dépend de votre âge au premier versement : 70 % avant 50 ans, 50 % entre 50 et 59 ans, 40 % entre 60 et 69 ans et 30 % à partir de 70 ans. Cette fraction est soumise à l'impôt sur le revenu au barème. Contrairement aux rachats, elle supporte les prélèvements sociaux au nouveau taux de 18,6 % depuis le 1er janvier 2026.
La fiscalité de l'assurance vie a l'air compliquée de loin. De près, elle tient en une idée : on ne taxe que ce que votre argent a gagné, et de moins en moins à mesure que le temps passe. Et vous, savez-vous quelle part de gains contient votre prochain rachat ?
Maclear AG est une plateforme suisse de prêt entre particuliers (P2P) et de crowdlending, dont le siège se situe en Suisse. La société agit comme intermédiaire financier dans le secteur non bancaire et est membre de PolyReg SRO, conformément à la réglementation financière suisse, notamment en matière d'AML, de KYC et de RGPD. Maclear donne aux investisseurs particuliers et qualifiés accès à des opportunités de prêts aux entreprises soigneusement sélectionnées, avec une évaluation des risques intégrée, un Provision Fund et un Secondary Market destiné à la liquidité.
Le contenu de cet article est fourni à des fins d'information et d'éducation uniquement. Il ne constitue pas un conseil en investissement, financier, fiscal ou juridique. Le prêt entre particuliers (P2P) et les investissements en crowdlending comportent un risque de perte partielle ou totale du capital. Les performances passées ne préjugent pas des résultats futurs. La liquidité sur un marché secondaire n'est pas garantie. Les lecteurs sont invités à mener leurs propres recherches et à consulter des conseillers qualifiés avant de prendre toute décision financière. La disponibilité des produits et services peut être restreinte dans certaines juridictions.