Note : cet article a une vocation pédagogique et ne constitue pas un conseil en investissement ni un conseil fiscal individualisé. Votre situation personnelle (résidence, revenus, montants et objectifs) peut modifier les règles applicables. Pour des montants importants, rapprochez-vous d’un professionnel et vérifiez les sources officielles.
Crowdfunding et crowdlending : deux facettes du financement participatif
Commençons par lever le principal malentendu. Le financement participatif, c'est la traduction française de "crowdfunding”, ça désigne l'ensemble des méthodes qui permettent à un grand nombre de particuliers de financer un projet via une plateforme en ligne, sans passer par une banque.
C'est le terme parapluie.
Sous ce parapluie, on trouve plusieurs familles, dont le crowdlending (le prêt).
Autrement dit : le crowdlending est une forme de crowdfunding, mais la réciproque n'est pas vrai.
Dans le langage courant, crowdfunding a fini par désigner plus spécifiquement les formes qui ne sont pas du prêt, le don et l'investissement en capital. C'est cette acception que je retiendrai ici lorsque j'opposerai les deux termes.
Retenez surtout la logique : d'un côté, on donne ou on investit au capital, de l'autre, on prête.
Qu'est-ce que le crowdfunding ? Définition et fonctionnement
Le crowdfunding, au sens large, consiste à réunir des fonds auprès d'une foule (crowd) de contributeurs pour financer un projet précis. Mais derrière ce mot se cachent des réalités très différentes selon ce que le contributeur reçoit, ou non, en échange.
Les grandes familles de crowdfunding
On distingue principalement trois formes :
Le don : vous soutenez un projet sans contrepartie financière. Parfois vous ne recevez rien (dons caritatifs), parfois une contrepartie symbolique ou un produit, on parle alors de don avec récompense (reward crowdfunding).
C'est le modèle de plateformes comme Ulule ou KissKissBankBank.
L'investissement en capital (equity crowdfunding ou crowdequity) : vous apportez de l'argent à une entreprise et devenez actionnaire. Vous détenez une part de la société, matérialisée par des actions ou des obligations.
Le prêt (crowdlending) : vous prêtez de l'argent, remboursé avec intérêts. On y revient en détail juste après.
Dans ce chapitre, quand je parle de "crowdfunding", je vise surtout les deux premières familles, le don et l'equity.
Comment fonctionne une campagne de crowdfunding
Le principe est toujours le même : un porteur de projet publie sa campagne sur une plateforme, avec un objectif de collecte et une durée limitée. Les contributeurs apportent les sommes qu'ils souhaitent. Si l'objectif est atteint, ou selon les règles de la plateforme, les fonds sont débloqués et le porteur les utilise pour son projet.
La grande différence se joue sur la contrepartie. En don, elle est symbolique ou inexistante. En equity, elle prend la forme de titres : vous misez sur la réussite future de l'entreprise, en espérant une plus-value si elle prend de la valeur ou verse des dividendes.
Ce que reçoit l'investisseur
C'est le point à bien comprendre : en crowdfunding equity, votre gain n'est ni garanti ni régulier. Il dépend entièrement de la trajectoire de l'entreprise.
Si elle décolle, la plus-value peut être importante. Si elle échoue, ce qui arrive fréquemment pour de jeunes sociétés, vous pouvez perdre tout ou partie de votre mise.
C'est un investissement à fort potentiel, mais à risque élevé et à horizon long (souvent cinq ans ou plus).
Qu'est-ce que le crowdlending ? Définition et fonctionnement
Le principe du prêt rémunéré
Le crowdlending, littéralement "prêt par la foule", consiste à prêter de l'argent à une entreprise, le plus souvent une TPE ou une PME, via une plateforme.
En contrepartie, l'emprunteur s'engage à vous rembourser le capital, majoré d'intérêts, selon un échéancier fixé à l'avance.
Ici, pas d'actionnariat : vous n'êtes pas propriétaire d'une part de l'entreprise, vous êtes son créancier. C'est une nuance fondamentale, car elle change tout en matière de rendement et de risque.
Le fonctionnement concret côté investisseur
Concrètement, le parcours ressemble à ceci :
Vous créez un compte sur une plateforme et passez une vérification d'identité (KYC).
Vous déposez des fonds, puis parcourez les projets d'entreprises publiés.
Vous choisissez ceux qui vous intéressent et y investissez, souvent à partir d'un ticket d'entrée modeste (dès 50 € sur certaines plateformes).
Vous percevez ensuite des remboursements, généralement mensuels, comprenant une part de capital et les intérêts.
Côté rendement, les taux annoncés varient selon le risque du projet et la plateforme : souvent entre 5 % et 10 % brut par an en France, davantage sur certaines plateformes de prêt aux entreprises européennes, qui peuvent afficher des taux à deux chiffres en contrepartie d'un risque plus élevé.
À retenir
L'attrait principal du crowdlending, c'est cette régularité : des revenus qui tombent chaque mois, ce qui en fait un outil apprécié pour générer un flux de trésorerie.
Garanties et collatéraux
Autre différence de taille avec l'equity : le crowdlending est souvent adossé à des garanties. Selon les projets, le prêt peut être sécurisé par un collatéral, un bien immobilier, du matériel, une caution. Les plateformes sérieuses affichent un indicateur clé, le ratio LTV (Loan To Value), qui compare le montant prêté à la valeur du bien mis en garantie : plus il est bas, mieux vous êtes protégé en cas de défaut.
Certaines plateformes disposent également d'un fonds de provision destiné à couvrir les intérêts pendant les périodes de retard de paiement — c'est une pratique minoritaire, à vérifier plateforme par plateforme. Attention toutefois : une garantie réduit le risque, elle ne l'annule jamais. La revente d'un actif saisi prend du temps, et sa valeur peut avoir baissé entre-temps.
Crowdfunding ou crowdlending : les 5 différences fondamentales
Résumons ce qui sépare vraiment ces deux approches.
1. La contrepartie
En crowdfunding, vous obtenez un produit, une reconnaissance (don) ou des parts de l'entreprise (equity).
En crowdlending, vous obtenez une créance : le droit d'être remboursé avec intérêts.
2. La rémunération et sa régularité
C'est peut-être la différence la plus concrète. En equity, le gain est potentiel, aléatoire et différé : il se matérialise à la revente des titres, si tout se passe bien.
En crowdlending, la rémunération est contractuelle et régulière : des mensualités connues d'avance.
3. Le niveau et la nature du risque
Dans les deux cas, le risque de perte en capital existe, c'est la règle d'or à ne jamais oublier dans l’investissement. Mais sa nature diffère.
En equity, vous pariez sur la réussite d'une entreprise : l'échec peut effacer la totalité de votre mise.
En crowdlending, le risque principal est le défaut de paiement de l'emprunteur ; il est souvent mieux "borné" grâce aux garanties, mais bien réel.
4. L'horizon et la liquidité
L'equity s'inscrit sur le long terme (souvent cinq à huit ans) avant une éventuelle sortie.
Le crowdlending propose des durées plus courtes et variées, de quelques mois à quelques années. Dans les deux cas, gardez en tête une contrainte majeure : votre argent est peu liquide.
Une fois investi, il reste généralement bloqué jusqu'au remboursement ou à la clôture du projet, même si certaines plateformes développent des marchés secondaires pour revendre ses positions.
5. La fiscalité
La fiscalité du crowdlending en France est précise : les intérêts perçus en crowdlending sont soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU, ou flat tax) de 31,4 %, sauf option pour le barème de l'impôt sur le revenu.
Les gains issus de l'equity relèvent aussi de la fiscalité des valeurs mobilières.
Un point à connaître si vous investissez via une plateforme étrangère : vos revenus restent imposables en France, mais les modalités de déclaration peuvent différer.
Tableau comparatif : crowdfunding vs crowdlending en un coup d'œil
Crowdfunding (equity) et crowdlending, critère par critère| Critère | Crowdfunding (equity) | Crowdlending |
|---|
| Nature de l'opération | Investissement au capital | Prêt rémunéré |
| Contrepartie | Parts / actions de l'entreprise | Créance (capital + intérêts) |
| Rendement | Plus-value potentielle, non garantie | Intérêts fixes, connus d'avance |
| Régularité des gains | Différée (à la sortie) | Mensuelle en général |
| Risque | Élevé (perte totale possible) | Défaut de l'emprunteur, souvent borné par des garanties |
| Garanties | Rares | Fréquentes (collatéral, LTV, fonds de provision) |
| Ticket d'entrée | Souvent quelques centaines d'euros | Souvent dès 50 € |
| Horizon | Long (5 à 8 ans) | Court à moyen terme |
| Profil idéal | Investisseur offensif, long terme | Recherche de revenus réguliers |
Crowdfunding ou crowdlending : lequel choisir selon votre profil ?
Il n'y a pas de meilleur choix dans l'absolu, seulement celui qui colle à vos objectifs, votre horizon et votre tolérance au risque…
Le crowdlending est fait pour vous si…
vous recherchez des revenus réguliers et prévisibles,
vous préférez un risque plus lisible, encadré par des garanties,
vous voulez commencer avec de petits montants pour vous familiariser avec le financement participatif,
vous visez un horizon court à moyen terme.
Le crowdfunding (equity) est fait pour vous si…
vous acceptez un risque élevé, y compris la perte totale, en échange d'un potentiel de plus-value important,
vous investissez sur le long terme et pouvez immobiliser votre argent plusieurs années,
vous souhaitez soutenir des projets ou des entreprises auxquels vous croyez, quitte à parier sur leur croissance.
Et si vous combiniez les deux ?
Les deux approches ne s'excluent pas, au contraire ! Beaucoup d'investisseurs les associent pour diversifier : le crowdlending pour un socle de revenus réguliers, l'equity pour une poche plus dynamique et spéculative.
La règle reste la même quel que soit votre choix : ne mettez jamais tous vos œufs dans le même panier, répartissez sur plusieurs projets, secteurs et zones géographiques, et n'investissez que des sommes que vous pouvez vous permettre d'immobiliser.
Comment bien choisir sa plateforme de financement participatif
Le choix de la plateforme est au moins aussi important que celui entre crowdfunding et crowdlending. Voici les critères à examiner :
La réglementation et le statut.
Dans l'Union européenne, les plateformes de prêt rémunéré et d'investissement en capital doivent détenir l'agrément PSFP (Prestataire de Services de Financement Participatif), délivré en France par l'AMF depuis novembre 2023, il a remplacé les anciens statuts CIP et IFP. Hors UE, d'autres cadres existent : en Suisse, par exemple, les plateformes relèvent du droit helvétique et peuvent être membres d'un organisme d'autorégulation (SRO) reconnu.
Un cadre que nous détaillons dans notre article “comment investir en Suisse depuis la France”
La sélection des projets.
Une plateforme sérieuse opère un tri rigoureux des dossiers et documente chaque opportunité : taux, durée, garanties, analyse de risque.
La transparence.
Historique de remboursement, taux de défaut, indicateurs de risque : ces données doivent être accessibles.
Les garanties proposées et le ticket d'entrée, qui conditionnent votre capacité à diversifier.
Maclear, par exemple, est une plateforme de crowdlending basée en Suisse : elle met en relation des investisseurs particuliers avec des PME européennes, à partir de 50 €, dans un cadre réglementé par le droit suisse (membre de l'organisme d'autorégulation PolyReg). Les projets sont adossés à des garanties, avec des remboursements versés mensuellement. Un point à garder en tête, valable pour toute plateforme : un cadre réglementaire encadre l'activité, mais ne garantit pas votre capital.
FAQ
Le crowdlending est-il plus risqué que le crowdfunding ?
Les deux comportent un risque de perte en capital. En equity crowdfunding, l'échec de l'entreprise peut effacer toute votre mise. En crowdlending, le risque principal est le défaut de l'emprunteur, souvent mieux encadré par des garanties et des collatéraux. Le risque du crowdlending est donc généralement plus "borné", sans jamais être nul.
Quel rendement peut-on espérer en crowdlending ?
Les taux dépendent du risque et de la plateforme : souvent entre 5 % et 10 % brut par an en France, parfois davantage sur des plateformes de prêt aux PME européennes. Règle d'or : un rendement élevé signale toujours un risque plus élevé.
Peut-on récupérer son argent à tout moment ?
Non. Votre argent est peu liquide : une fois investi, il reste généralement bloqué jusqu'au remboursement ou à la clôture du projet. Certaines plateformes proposent un marché secondaire pour revendre ses positions, mais sans garantie de trouver un acheteur rapidement.
Crowdfunding ou crowdlending : lequel choisir pour débuter ?
Pour débuter, le crowdlending est souvent plus accessible et plus lisible : ticket d'entrée bas, revenus réguliers, risque encadré par des garanties. Commencez par de petits montants répartis sur plusieurs projets pour vous familiariser.
Un investisseur français peut-il investir sur une plateforme étrangère ?
Oui. Un particulier français peut investir sur une plateforme européenne agréée PSFP ou sur une plateforme hors UE, comme une plateforme suisse. Vérifiez son cadre réglementaire, diversifiez, et gardez à l'esprit que vos revenus restent imposables en France.
Si vous ne deviez retenir qu'une chose : le crowdlending est une forme de crowdfunding, centrée sur le prêt rémunéré, tandis que le crowdfunding au sens courant désigne plutôt le don ou l'investissement au capital. Le premier vous verse des intérêts réguliers avec un risque encadré, le second vous fait miser sur la réussite d'un projet, avec plus de potentiel mais plus d'incertitude. À vous de choisir selon votre profil, ou de combiner les deux dans une logique de diversification.
Envie de découvrir des projets de crowdlending sélectionnés et réglementés en Suisse ? Explorez les opportunités proposées par Maclear.
À propos de Maclear
Maclear AG est une plateforme suisse de prêt entre particuliers (P2P) et de crowdlending, dont le siège se situe en Suisse. La société agit comme intermédiaire financier dans le secteur non bancaire et est membre de PolyReg SRO, conformément à la réglementation financière suisse, notamment en matière d'AML, de KYC et de RGPD. Maclear donne aux investisseurs particuliers et qualifiés accès à des opportunités de prêts aux entreprises soigneusement sélectionnées, avec une évaluation des risques intégrée, un Provision Fund et un Secondary Market destiné à la liquidité.
Le contenu de cet article est fourni à des fins d'information et d'éducation uniquement. Il ne constitue pas un conseil en investissement, financier, fiscal ou juridique. Le prêt entre particuliers (P2P) et les investissements en crowdlending comportent un risque de perte partielle ou totale du capital. Les performances passées ne préjugent pas des résultats futurs. La liquidité sur un marché secondaire n'est pas garantie. Les lecteurs sont invités à mener leurs propres recherches et à consulter des conseillers qualifiés avant de prendre toute décision financière. La disponibilité des produits et services peut être restreinte dans certaines juridictions.